Mon ange

Je me présente, je suis Gabryel. J'habite une drôle de maison remplie d'eau et tout étroite. Des fois, ça brasse en titi  et d'autres fois c'est le calme plat. Moi, j'aime mieux quand ça ne bouge pas trop parce que j'ai mal. J'ai si mal... à mon bedon. Je crois que je ne verrai jamais ma maman parce que je pense mourir de ce mal. Je lui demande de me sortir de là car j'ai  trop mal, il faut me soigner. Mais elle ne m'entend pas. Je panique. Je la pousse très fort, je l'égratigne avec mes ongles longs et je donne de gros coups de pieds. Elle a mal aussi... ma maman. J'ai entendu une autre voix, l'autre jour, lui  dire que j'étais mal placé et que je lui avais brisé une côte. Elle a même le nerf sciatique déplacé. Pauvre maman! Plus je grossis et moins elle ne peut marcher. Je le sais... parce que je ne bouge presque plus ici. Maman s'est fâchée aujourd'hui. Elle a dit au médecin, qu'elle a appelé, que je devais sortir et que je n’étais pas normal. Elle a compris ma maman... Elle lui a dit que de souffrir, pour moi, ça ne la dérangeait pas, mais de savoir que moi, je n'allais pas bien, l'inquiétait beaucoup. Elle se fie à son instinct maternel. C'est à moi qu'elle pense. Là, je ne me sens pas bien, je vais mourir... c'est certain! C'est de plus en plus étroit ici et je sens qu'on me  pousse. Je crois que c'est maman qui se venge des coups que je lui ai donnés. Maman que se passe-t-il là? Ils viennent toucher ma petite tête et ils me dérangent. J'ai mal maman. Et c'est quoi cette grosse lumière qui m'aveugle? Maman, as-tu compris mon premier mot? J'ai dit «maman» en sortant de ton ventre. Pourquoi  pleures-tu maman? Le médecin a dit que j'étais normal, tout va bien maman... mais j'ai faim! Ce n'est pas trop bon ce que tu me donnes mais j'ai tellement faim que je le bois quand même. J'ai  faim et je ne peux pas manger, je vais mourir de faim...  Au moins j'aurai vu ton sourire maman. Je vois le médecin qui arrive. J'ai mal, maman, je suis en train de mourir dans tes bras chauds. Tu vois, je suis tout bleu. Le médecin a peur pour moi et maman, il lui dit que je ne vais pas bien du tout.  L'infirmière me prend et m'emmène dans une autre salle, loin de ma mère. J'ai mal, j'ai peur. Que vont-ils me faire?  Maman, tu pleures... pourquoi? Tu as mal aussi maman, je le sens. Est-ce que je te reverrai un jour? Je ne veux pas mourir tout seul maman. Maman, je m'en vais, je ne respire plus et mon coeur s'est arrêté de battre. C'est ça la mort... maman? Ils m'ont placé dans une petite cage de verre et ils  me mettent des tubes dans  tout le corps. Ça fait si mal dans mon bedon... ils me transpercent la peau avec des petits tuyaux. J'ai des fils et des tubes dans le nez, les bras, les pieds, le pénis et dans la  tête. Maman, es-tu là? Ils m'ont ramené, je ne suis pas mort.  Mais tu pleures encore plus fort. Il se passe quoi maman? Le médecin ne veut pas que tu me prennes et j'ai tant besoin de toi. Maman, je respire à peine et c'est grâce à ce tube, c'est ce qu'ils disent... Ils vont m'opérer. Qu'est-ce que ça veut dire opérer maman? Maman, ils m’emmènent encore...où vais-je maman? Maman, je ne respire plus... est-ce que je vais mourir encore? Je me vois sur la table grise et froide et j'ai le bedon ouvert. Le monsieur indien a sorti mes intestins et il dit qu'il les répare. C'est urgent là, je suis mort parce que mes intestins ont éclaté. Maman, je te vois dans ton lit et tu ne pleures plus. Tu trembles et tu penses à moi. Maman, je suis avec un homme bizarre. Il dit qu'il est mort lui aussi. Hier, c’était sa fête. Il s'appelle Auguste. Il dit qu'il est ton grand-papa. Il m'a dit que tu ne vivrais pas sans moi et qu'il allait m'aider à retourner dans mon corps. Enfin! Ce qu'il en reste parce que mes intestins sont en morceaux. Il dit que je porte son nom, c'est bizarre... il s'appelle Auguste et moi Gabryel. Mais bon, s'il insiste,  ça lui fait plaisir, je ne vais pas le décevoir, il semble très gentil. Alors, je suis de retour dans mon corps, je me suis endormi un peu et ma maman me regarde. Elle me sourit et elle pleure en même temps. Elle m'a dit que je devrais attendre 15 jours avant de rentrer chez nous. Ils vont m'enlever mes tubes un à un, jour après jour. Elle dit qu'on ne se quittera jamais plus. Le cinquième jour, maman vient me voir avec l'infirmière la plus gentille, elle me prend et me met dans les bras de maman. Enfin on se retrouve! Maman, ces étoiles dans tes yeux, est-ce cela l'amour? Tu me racontes de si belles histoires de notre chez nous, de ma chambre bleue avec des peluches partout et mes grands-parents qui m'aiment déjà. Tu m’appelles Champion. Tu vois maman si je me bats si fort c'est que je veux aller avec toi dans ce chez nous.

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