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Mon cher frère
Il
habitait la campagne, possédait une très belle maison en pierres des champs. Il
avait un très beau Berger Allemand, des chèvres qui étaient âgées de vingt-cinq
ans, et ses petites poules qui lui donnaient les oeufs qu'il adorait
ramasser. Il débordait d'amour pour ses animaux et il était plein
d'énergie. Cet homme était si heureux et appréciait grandement cette vie de
campagne. Un jour, l'heure de la retraite à sonné pour lui et il avait
davantage le temps pour s'occuper de ses animaux. Tout était parfait pour lui,
enfin il pouvait vivre.
Un beau
jour, un de ses garçons s'est aperçu que son père avait quelque chose de très
bizarre. Il oubliait le lait sur son comptoir et avait une misère à se
rappeler tout plein de petits détails. Ce garçon a tout de suite avisé le plus
vieux de la famille et ils ont consulté un médecin qui lui a fait passer
plusieurs examens. Conclusion, votre père souffre de la maladie d'Alzheimer.
Mon frère ne le croyait pas. Il disait que c'était sûrement un médicament
qu'il avait pris le mois précédent et que tout rentrerait dans l'ordre très
bientôt.
Son
état s'est rapidement aggravé, il s'était placé des enseignes au bord de son
chemin pour reconnaître son entrée de cour quand il revenait de faire ses
marches. Il oubliait de nourrir et de donner à boire à ses bêtes. Il oubliait
de se nourrir lui-même, et de plus, il oubliait de faire sa toilette
quotidienne. Il était dans un piteux état. Son permis de conduire a été
suspendu. Alors il n'allait plus parmi le monde et ne se faisait plus couper les
cheveux. Quand ses garçons l'amenaient chez le médecin, ils devaient lui ouvrir
la portière, car il ne savait plus comment ouvrir lui-même une porte d'auto,
tout comme il ne savait plus comment boucler sa ceinture de sécurité. Quel
drame pour lui et ses garçons.
Peu de
temps après, son fils m'a rejointe pour me dire que son père devait entrer en
institut pour se faire soigner. Ce genre d'institut où toutes les portes sont
verrouillées. Depuis mon p'tit frère n'en est jamais sorti. Il n’a plus aucune
autonomie. Ils doivent l'aider à se laver, et plus le temps avance, il
dépérit de semaine en semaine. Quand je vais le voir, je constate qu'il en
perd énormément. Il a peur des miroirs, il y voit d'autres personnes, il a
fallu remplacer les miroirs par des vitres givrées.
La
démence s'est ajoutée à cette terrible maladie. Les médecins spécialistes nous
ont dit que dans son cas, tout progresse très rapidement et aujourd'hui, mon
cher petit frère est obligé de porter des couches. Il ne sortira jamais de
cette résidence, il finira ses jours là entouré de plusieurs vieillards. Sa
maladie est beaucoup trop avancée pour qu'il puisse profiter d'un nouveau
traitement qui arrête l'évolution. Il n'est âgé que de soixante-huit ans. Il
est le plus jeune de tous ces résidents. Il est beau, gentil, souriant et sa
vie est finie. Ils lui injectent de ces médicaments qui font qu'il ne se rend
plus compte qu'il est malheureux. C'est d'une telle tristesse! Je ne sais même
pas s'il me reconnaîtra à ma prochaine visite, lui qui était si proche de
moi. Ils nous ont dit de s'attendre au pire encore. Un jour, cet homme ne
pourra plus avaler ses aliments, ne saura plus comment boire et se laissera
mourir. Il se fâchera de tout et les cellules de son cerveau continueront de
se dessécher.
Comme
c'est atroce cette maladie. Je crois que c'est une des plus troublantes. Ça
enlève aux personnes atteintes, toute dignité. Il n'y a pas de guérison
possible. Pour la famille et les proches, c'est le scénario tristesse et
impuissance. Un mal terrible qui se traduit derrière les larmes.
J'offre
sincèrement toute ma
compassion aux familles qui vivent un tel drame.
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26 janvier 2005.
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