Ma vie

Je suis la petite fille qui arrive au monde. Je suis l'automne. Je ne sais pas d'où je viens. Je ne le saurai jamais... J'ai été donnée en adoption par la femme qui m'a mise au monde, par choix ou par obligation, je n'en connais pas les raisons. Je ne veux ni juger, ni condamner, loin de là mes envies. De toute ma vie, personne ne m'a réclamée. Je suis probablement le secret le mieux caché dans le cœur de cette personne. Vais-je lui en vouloir de m'ignorer? Jamais! La remercier de ne pas m'avoir tuée est la seule pensée que j'en ai gardée. Vouloir retrouver cette personne, j'en suis incapable. Là, où dans mon cœur j'éprouve le ressentiment, c'est de penser que si un jour, quelqu'un nous oblige à faire un choix aussi horrible qu'il soit, ou si l'âge nous empêche de nous battre pour assumer la situation, un jour ou l'autre nous rattrapons forcément cette maturité.  Quand notre cœur sème de l'inquiétude et que notre tête est en mesure de décider du sort d'une petite vie laissée là quelque part dans le monde, je crois fermement que c’est à cette personne de faire les pas nécessaires pour au moins savoir ce qu'est devenue la petite fille qui porte son sang.

Cette personne que je ne connais pas n'a jamais laissé de vide ni de manque dans ma vie.  C'est froidement que j'ai appris à vivre ma vie sans penser que j'avais été abandonnée. Je me sens unique dans mon histoire, mais heureuse.

Alors que j'avais atteint l'âge de neuf mois, la plus belle histoire d'amour a commencé pour moi.

Un soir, à la maison d'une famille de cinq enfants, on frappe à la porte et on demande à la dame qui avait fait la demande d'adoption d'une petite fille de deux ans si elle et son mari adopteraient plutôt  une petite âgée de neuf mois. Cette bonne dame leur dit: «certes non, mon mari travaille jusqu'à minuit et je suis convaincue que si je prends cette enfant il sera très contrarié, notre plus jeune a déjà douze ans et nous voulons une  enfant de deux ans.» Mais le couple livreur d'enfants insiste pour que cette dame prenne ce bébé au moins pour la nuit. La bonne dame de la maison accepte avec promesse que le lendemain matin, ils viennent récupérer ce petit paquet. Cette nuit s'est passée dans les pleurs d'enfant, j'étais en piteux état,  très malade en raison du  manque de soins essentiels. Neuf mois de survie dans la plus totale négligence, les orphelinats étaient surchargés à l'époque.  

Le lendemain matin, jour du vingt-quatre juin, fête de la Saint Jean-Baptiste, le couple livreur revient comme convenu.   Et c'est alors que l'homme de la maison se leva et d'un ton très ferme leur dit: « donnez-moi vos papiers à signer, nous garderons cet enfant, nous l'aimons déjà, nous l'adopterons.» Pour moi, c'est ce matin du vingt-quatre juin que je suis venue au monde.

En signant ce papier important, mon père m'a redonné la vie.

Vous pensez peut-être que mon histoire et mes écrits sont tristes et troublants?  Pour moi, c'est la plus belle histoire d'amour... un récit rempli de don de soi. Après tant d'années, je reste convaincue que je n'ai nul besoin de savoir si les raisons étaient tristes ou logiques de me donner. Je n'en ressens aucun besoin. Il est trop tard. Je veux quitter cette terre un jour et n'avoir que cette merveilleuse famille qui a grandement mérité ma sincère fidélité.

C'est du plus profond de mon cœur, que je dédie ces écrits à mon père décédé qui, pour chaque jour de ma vie, restera gravé et très marquant dans mon cœur. À ma petite mère si bonne qui pour moi, demeure la plus merveilleuse et grande de toutes les mères, à mes chers frères et à ma sœur qui m'ont tant aimée, jamais je ne vous trahirai.

 

 

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Ce site à été réalisé et mis en ligne le 26 janvier 2005.