Cet homme, cette
femme, bref cette chose qui s'acharne sur vous à coup de haine et de
rage qui vous humilie, martyrise, broie l'âme, décapite le coeur à
grand coup de mots et de regards. Cette chose qui vous néglige, vous
oblige et vous méprise. Personne n'est à l'abri de cette chose. Elle
peut être n'importe où, à n'importe quel moment. Ça peut être une
caissière, un membre de votre famille, une amie, un policier, un voisin
que vous voyez souvent, n'importe qui...
C'est le même temps qu'un sourire... pour que ce fardeau vienne vous
gâcher le reste de votre existence. Une seule rencontre peut être
fatale. Vous aurez d'abord envie de vous enfuir mais ce n'est pas
possible puisque sa colère sera encore plus terrible. Vous allez ensuite
vouloir demander de l'aide lors d'un petit répit que la chose vous aura
laissé... mais à quoi bon! Elle s'acharnera sur la planète, pour avoir
raison, s'il le faut. De toute façon, les vraies choses ne laissent pas
de traces au début, alors personne ne vous croira sans preuves.
Ensuite vous demanderez à Dieu de venir vous chercher puisque c'est la
seule issue où cette chose n'a pas accès. Même en moment d'extrêmes
souffrances, Dieu ne viendra pas vous chercher et vous laissera entre
les griffes sanglantes de cette chose démoniaque.
Je
n'ai pas assez de mots pour dire à quel point cette chose peut être
malsaine, nuisible, blessante autant physiquement que moralement. Je
n'ai pas de mots, non plus, pour expliquer comment certaines blessures
peuvent rester invisibles, non apparentes et facilement camouflables
malgré le fait que la douleur soit si intense. Cette douleur, qu'on
apprivoise, réussit presque à nous contrôler pour rester en vie.
Certaines
personnes, comme moi, ont la chance de leur échapper mais d'autres
doivent vivre ce calvaire pendant des années avant de mourir assassiné,
mais enfin libéré...
Devoir endurer pendant toute une vie, c'est ce que j'appelle l'enfer.
Certaines choses se retrouvent emprisonnées mais certaines sont encore
en liberté probablement à deux pas de chez vous. Leurs regards sont si
neutres, sans émotions d'aucune sorte, leurs yeux si froids mais
dictateurs.
Maintenant, je
n'ai plus peur de ces choses, je les connais tellement bien. J'ai passé
plus de temps à les analyser qu'un scientifique à chercher. Je ne peux
pas dire quand elles s'arrêteront d'envahir la planète mais je peux dire
que je suis immunisée et que je les détecte. Il ne me reste aujourd'hui
que de vieux souvenirs un peu perdus dans ma tête, certains très clairs,
d'autres flous. Un peu comme un ancien combattant de la guerre, je me
bats contre ces images qui reviennent me hanter certains soirs. Il me
manque quelques parties de mon cerveau probablement endormi par la peur
et la souffrance et marqué de cicatrices que je ne peux montrer à
personne parce qu'elles sont intimes.
J'ai demandé de
l'aide, bien sûr... je l'ai reçue. Depuis 5 ans, je me promène d'un
thérapeute à l'autre. Heureusement, aujourd'hui j'en ai trouvé un qui
m'aide vraiment. Après une épreuve comme celle-là, on n'a pas besoin
d'aller raconter tous les détails croustillants à divers inconnus. Les
faits sont là et le reste... on peut très bien le deviner. J'en ai assez
parlé.